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Bèlbèbèl é Lèdkonmouk

 

Bèlbèbèl té ka gadé-y an miwa tout-la-sent-jouné. Si apa té sa, sété si foto. Si apa té sa ankò, sété asi òwdinatè i té ka gadé-y é ka gadé moun ka gadé-y. I té enmé sa. Sa té ka fè-y santi-y fò.

 

   Lèdkonmouk, aprézan, té ka chèché tout tou pou I té fouré kò a-y. I pa té sa vwè moun gadé-y. I té ka bésé zyé douvan moun é touné tèt douvan miwa. I pa té enmé yo pwan-y an foto. Men i té enmé òwdinatè toubònman. I té ka pé chanjé figi, tou kaché dèyè machin a-y. Yo pa té pé vwè-y. I té enmé sa osi. Sa té ka fè-y santi-y pli fò.

 

   Yo chak té ka viv a kaz a-yo adan on gran batiman anvil. Yo pa té ka gè sòti déwò. Yo té ka touvé tousa yo té bizen (dapré yo) a distans. Sété komandé manjé pa téléfòn, fè kous pa òwdinatè, achté lenj pa lapòs, voyé kat ba moun pa imèl…

  

   Men yonn pa té konnèt lòt.

 

   Ni onsèl moman yo té ka sòti, sété pou fèt a lémò. Yo té ka-y iliminé kavo a fanmi a-yo.

 

   Jou lasa vini rivé.

 

   Bèlbèbèl pouponné-y kon I ni labitid fè é I pati. Lèdkonmouk abiyé-y. I mété losyon a-y é i pati osi.

 

   Sétèdswa . Bèlbèbèl té ka vini pli ta ki sa, men lanné lasa I té chwazi vini pli bonnè. Lèdkonmouk, kantali, té ka vini toujou a menm lè lasa. Yo chak rivé douvan simityè-la an menm tan. Men yonn paka lévé lòt di gad. Sa nòwmal, yo pa té konnèt yo. Yo rantré an simityè-la.

   Moun ka alé-é-vini kon pa tini. Bouji toupatou. Chalè a moun ka mélé épi chalè a bouji. Timoun ka fè lagyè a kaka-bouji. Zyé a yo ka kléré. Lafimé an limyè a tout sé flanm-lasa ké lyanné moun ki la épi moun ki pa la ankò adan on sèl gran lawonn  bokantaj an kè a chak nanm.

   Chimen a dé moun annou-la séparé pou on ti moman davwa yo chak té ni labitid pasé on koté. Lè-w gadé, yo rivé asi kavo a fanmi a-yo.

 

   Ka yo ka vwè ? Sé menm koté-la !

 

   Yonn gadé lòt. Yonn potoko jen vwè lòt-la koté lasa é a moman lasa. Yonn soukré tèt ba lòt pou di-y bonswa. Lòt-la réponn menm jan-la. Kavo-la té ja liminé épi dé-o-twa krazi a bouji. Bèlbèbèl té vin épi on bèl gwo bouji an pòt wouj. Lèdkonmouk, kantali, té vin épi on tibwèt a ti bouji blan. Bèlbèbèl pwan briké a-y, men lè-w gadé, briké-la fouka-atè adan on tou antrè dé tonb. I touvé-y san ayen pou limé bouji aprézan. I té byen anbarasé. Lèdkonmouk, ki vwè sa, woté on bèl gwo bwèt-zalimèt. Bèlbèbèl vwè sa. Avan menm I té ouvè bouch a-y, Lèdkonmouk tann bwèt zanlimèt-la oti-y.

 

   I di-y : “Mi !”

   Moun an nou réponn : “Mèsi !”

 

   Yo limé bouji a yo é yo pozé yo. Yo mété yo ka palé pou savé kijan yo té pé ka liminé menm kavo-la, alòs ki yo pa té konnèt yo.

Yo palé, yo palé, yo palé, jiktan lè a pati rivé. Yo alé, yo rantré ansanm a kaz a yo ki té menm koté-la, adan on gran batiman. Men, kou lasa, yo pwan mo. Yo pwan mo pou té woujwenn, an déwò a sé “karé” a yo-la ki té tout-pou-yo-la la.

Yo lésé télé titak plis. Yo lésé òwdinatè titak plis. É yo komansé wou-ouvè lawonn kozé asi on laplas owa on bèl pyébwa ki té tini la yo-té-yé-la.

Bèlbèbèl komansé fè mwens bèbèl é Lèdkonmouk komansé santi-y mwen lèd. Yo pa té tousèl.

 

   É yo té pli fò aprézan…

 

 

On kont a "Luk GAMA

(grafis-awtis, Gwadloup, 2015)

Ki moun ? Qui paie ?

Comment remettre en question une situation en refusant d'en regarder les fondements et comment reconstruire sur des fondements constatés comme néfastes, voire mortels ?
Ne pas se poser ce type d'interrogation et dire vouloir "changer les choses" est, pour ma part, "étrange". Ce genre d'étrangeté qui dirait que, pour les personnes qui se cantonneraient dans cette posture volontairement borgne, il y aurait quelque chose à perdre à regarder toutes les solutions.


Posons-nous donc quelques questions

 

   Y-a-t-il quelque chose à gagner dans la dépendance à la France et à l'Union Européenne ? Qu'est-ce que vraiment l'autonomie ? Pourquoi l'indépendance serait impensable ? Et, surtout, pourquoi fait-elle peur ?


   Ici, en Guadeloupe, archipel aux terroirs multiples, nous disons "tout manjé bon pou manjé, tout pawòl pa bon pou di". Cet adage pourrait être transcrit par la phrase "toute nourriture est bonne à manger, alors que toutes les paroles ne sont pas bonnes à dire." Il est dit aussi "sa zyé pa vwè, kè pa fè mal". Ce proverbe guadeloupéen est souvent traduit par "ce que l'on ignore ne peut pas nous blesser."

Alors qu'il est aussi à entendre que là où les yeux ne trouvent pas de chemin, le coeur lui en trouve...


   Mais l'habitude intellectuelle plutôt occidentale et dominante que nous inculque l'éducation nationale française depuis de trop nombreuses décennies, à mon goût, voudrait que nous comprenions ces phrases dans un sens, linéaire et limité. Tandis que les racines nombreuses et variées des us et coutumes locales nous ont permis de comprendre que nos proverbes ont toujours plusieurs sens. Car à l'image de leurs sources culturelles les plus anciennes, ces phrases illustrent une perception du monde comme étant un univers aux multiples entrées.
Du même creuset est né l'expression "sé pwèl a chyen ka géri môdan a chyen"- à comprendre en français par l'idée que les solutions sont très souvent adossées aux problèmes...

   Ainsi, certains se plaisent à croire en une émancipation dans l'attachement consenti. Alors qu'à travers cet apparent doux paradoxe, il y a une idée perverse qui consiste à empêcher de penser le détachement, voie pourtant royale de toute forme d'émancipation recherchée, exprimée de diverses manières dans les "grandes" religions, mais à noter, surtout sur le plan individuel...


   Ensuite, une nouvelle donne nous est présentée : décider de la forme du lien avec "notre métropole" qui nous attache ; qui nous entrave en fait. Cette idée recyclée est manipulée ces temps-ci avec l'aide de symboles émanant de courants soit autonomistes soit indépendantistes, comme le drapeau historique du dernier parti politique se revendiquant comme étant de ce courant, reconnu par les pouvoirs coloniaux, tout en s'en défendant.

 

   Ce drapeau a été jusqu'à très récemment utilisé par les services de renseignements étasuniens pour représenter le territoire de l'archipel de Guadeloupe. Et a été naturellement repris par les grandes sociétés américaines fournisseurs de services en ligne, notamment dans les parties destinées à identifier les numéros de téléphone. Et il s'est ainsi installé subtilement dans l'inconscient collectif de plusieurs générations se nourrissant d'internet pour espérer exister, comme nous-mêmes.
   Alors qu'il y a eu d'autres drapeaux, il serait intéressant de se questionner sur le pourquoi du choix de la C.I.A envers ce drapeau plutôt qu'un autre... Répondè réponn !


   Bref, n'étant pas à un tour de passe-passe prêt, les "géreurs" de notre colonie carcérale et de consommation ont depuis longtemps estimés que l'indépendance d'un pays comme la Guadeloupe gênerait le calendrier global de plus en plus visible...


   Est-ce à dire que ce n'est pas envisageable parce que des élites autoproclamées l'auraient décidé ?
 

   À une heure où les coachs se bousculent tellement pour nous aider à devenir riches, beaux, créatifs et puissants, personne n'a d'idée à ce sujet. Encore pire, personne ne souhaite y penser.


   Penser à l'indépendance et penser l'indépendance de l'archipel guadeloupéen a été rendu tabou :

 

   À coup d'assassinats, parfois de masse (comme en 1967), à coup d'attentats (avions piégés...), à coup de manipulations (infiltrations de mouvements politiques et de mouvements culturels, ou même d'associations de quartiers), à coup de fraudes électorales, à coups d' empoisennements, parfois de masse (comme dans l'affaire de la chlordécone), à coups d'accords discrets ou secrets avec des états de la Caraïbe, à coups d'ententes avec des représentants politiques et/ou cultuels (comme les religions et certains groupes ésotériques), le tabou a pris corps au fil du temps dans nos esprits ou à côté de nous, parmi nos prôches.

   Avec cela, l'amalgame est volontairement maintenu entre "indépendance politique" et "autarcie".

 

   L'indépendance politique existe pour ceux qui considèrent que leur dignité et leur spiritualité ont plus de valeur que les attributs matériels associés à leur supposé statut social.
   Il y aussi le lancinant "ne pas mordre la main qui vous nourri" qui marche bien dans l'attirail aliénant. Insidieusement, par l'acceptation de cette métaphore, nous nous maintenons nous-mêmes au stade de l'animal dévoué au boire-et-manger comme seul objectif de vie. Alors qu'aucun "chef" n'existe sans groupe acquis à sa cause. Aucun "patron" n'existe sans collaborateurs acceptant ses règles de fonctionnement, aucun État n'existe sans peuple se soumettant à ses lois. Un peuple doit créer son propre état afin de se donner les moyens d'atteindre ses objectifs sans cesse renouvelés.

 

   Revendiquer juste une autonomie consiste à décider de la couleur de la laisse qui nous tiens.
Et croire que notre pays changera significativement sans violence est un autre préjugé, pour sûr, à revisiter... Mais le combat est long. Les guerres éclairs sont le luxe des puissants. Et ce doux rêve est partagé lorsque l'impatience entrave nos réflexions.


   Pour ma part, de là où je rêve, pense, parle et fait ce qu'il y a à être, nous savons trop bien que malgré les degrés de conscience que l'on peut avoir, la tentation première qui embrasse beaucoup d'entre-nous est celle de combattre ses propres frères et soeurs. Et nos ennemis le savent eux-aussi depuis des temps très reculés.

 

(à suivre...)

 

Luk GAMA,

graphiste-auteur

(Guadeloupe, octobre 2019)

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