Lespwisavann, Histoire & Sociétés

Clôture du cycle de la revue en ligne (2001 - 2021)

Pré carré + précarité = Pwofitasyon ? Édikasyon x lyannaj = Libérasyon !

 L’archipel de Guadeloupe (comme d’autres îles voire des pans de continents sur la planète), depuis sa départementalisation et au moment où nous écrivons cet article, est toujours la chasse gardée de la France. Il est aussi le domaine réservé de grands groupes financiers dans lesquels l’état français parfois possède encore des parts. Dans le cas de territoires comme ceux des Antilles, les groupes financiers familiaux anciens et installés historiquement depuis longtemps se taillent « la part du lion » dans ces espaces économiques. Certaines sont héritières directes des rentes du système esclavagiste. En-dessous de cela, avec le secteur administratif publique, il existe aussi plusieurs secteurs clés (juridiques, services sociaux, banques, assurances) dans lesquelles de nombreux emplois sont réservés et occupés très souvent par des groupes de personnes ayant comme principale compétence celle de « connaître quelqu’un »…

 

Tout cet écosystème, nous aimons à nous le représenter tels les motifs de tissus madras : un maillage, un quadrillage subtil de la société, ayant comme objectif principal le maintien de la situation que nous citons en début d’article.

 

Et les fils de chaîne qui permettraient à cet enchevêtrement de tenir sont les communautés religieuses, les « sosyété » et les groupes-clubs ésotériques mondialement organisés, ainsi que les réseaux dits de « gangs » voire de type mafieux assurant le maintien et le développement de trafics en tous genres.

Les premiers continuent de représenter pour beaucoup les cadres spirituels officiels dans lesquels il est bon « d’élever » ses enfants. Les seconds subsistent et perpétuent des traditions plus anciennes que la venue des Occidentaux en Amérique. Et les troisièmes, là-aussi fondées, comme les premiers, très souvent dans le terreau colonial, encadrent plus vigoureusement les « élites » des territoires à contrôler et favorisent de fait les directions idéologiques que prendront les choix voire les décisions politiques. Les derniers et non des moindres permettent de former, à nos yeux, le paravent qui sert à cacher la véritable misère dans laquelle plus de guadeloupéens seraient engouffrés, sans la masse d’argent générée par ce pan de la société qui ruisselle dans toutes les couches précédemment citées et qui a un effet « tampon » : peut-être même le vecteur principal de la « paix sociale »… jusqu'à quand ?

 

Pour donner à un tissus la forme que l’on désire et pour que cela tienne, il faut l’amidonner.

 

Dans notre cas donc, tout ce "tissu" social est soutenu et porté par des médias, de tous ordres aujourd’hui. Par médias, nous entendons tous ceux que nous reconnaissons en tant que tel : journaux papiers, radios, cinémas, télévisions, sites internet et applications. Mais nous entendons aussi et d’abords les médias que nous pourrions qualifier d’immatériel : les légendes, les contes, les histoires de untel, les chansons, les blagues, les proverbes. Autant de supports d’éducation qui œuvrent depuis bien plus longtemps que les autres. Ces derniers tirent leur existence parfois d’événements collectifs heureux ou tragiques. Mais ils peuvent être issues d’expériences individuelles qui ont marqués l’entourage du concerné et dont l’exemple aura fini par être relayé au fil des discussions de buvettes, de coins de rues et/ou de fêtes familiales.

Maintenant, dans une société de consommation comme celle d’où nous nous exprimons, l’axe principal autour duquel se forge nos imaginaires est constitué de l’éducation scolaire, la télévision et internet. Aussi, nous trouvons intéressant de noter la rapidité avec laquelle ces trois éléments ont été articulés à l’occasion du confinement français lors de la première crise mondiale dite du covid-19. Avec plus ou moins de réussite, la mise en place de cette action dite de continuité pédagogique démontre l’importance qu’accorde le gouvernement français envers la formation (ou plutôt le formatage) des jeunes esprits dans les territoires qu’il contrôle.

 

Dans l’article de la revue précédente, nous posions les questions suivantes : Y-a-t-il quelque chose à gagner dans la dépendance à la France et à l'Union Européenne ? Qu'est-ce que vraiment l'autonomie ? Pourquoi l'indépendance serait impensable ? Et, surtout, pourquoi fait – elle peur ?

 

À la première question, si « gain » il y a, de plus en plus de monde se rend compte que la grande majorité du peuple en est délibérément écartée. Ce n’est pas le fait d’oublis ou de négligences, mais bien celui d’un système de gestion des populations qui est à l’œuvre. Et en début d’article nous évoquons une image du cadre de cette machine infernale qui sait s’adapter (!).

La deuxième question ? Nous ne préfèrons pas nous y attarder, car d’autres s’y attellent déjà très bien. Reconfigurer le système à la place de ces concepteurs ne constitue pas une alternative viable, du simple fait qu’elle ne consiste qu’en un revirement, là où il est nécessaire d’y avoir dépassement. Et ce dépassement ne pourrait être entamé que si la démarche qui la sous-tend consiste à sincèrement remettre en cause les fondements du système : son mode de pensée.

 

Et elle est certainement là la peur. Car par mode de pensée, nous entendons d’abord notre rapport à notre environnement naturel, parce qu’il guide en premier notre rapport au monde de manière générale. Et en assumant un rapport de domination avec tout ce qui nous entoure, nous finissons par être nos propres bourreaux : destruction des forêts, diminution des nappes phréatiques, gaspillage de nourriture… Si nous sommes bien dépendants d’une chose c’est du sentiment de toute-puissance illusoire que nous procure en bout de chaîne les « avancées » technologiques.

 

Aussi, l’usage de la violence..., nous l’évoquons dans l’article précédent, il commence là. Car il s’agit de « se faire violence », dit-on lorsque l’on parle de remise en question radicale de soi. Actuellement, pour éluder cette expression certainement « trop » tendancieuse pour ceux si nombreux qui prétendent pouvoir nous "coacher", celle qui revient le plus souvent c’est « le dépassement de soi » … Condamner la violence par des marches, des gerbes de fleurs, des débats, des conférences et accepter de la subir tous les jours insidieusement, symboliquement, réellement dans des bureaux, dans les médias et dans la rue, est une attitude salutaire pour qui ?

 

« Nonm jòdi sé yè a nonm dèmen. » Les gens d’aujourd’hui, nous sommes le passé des gens de demain ?

 

Alors le vœu que nous chérissons, cultivons et partageons depuis plusieurs années, notamment avec, l’émergence de Lespwisavann est et restera celui que nous fassions face à nos propres peurs collectivement. Car quel que soit le drapeau, quel que soit la lutte sectorielle, quelle que soit la négociation, tant qu'elle ne sera partagée par le plus grand nombre, nous ne pourrons aboutir à un dépassement réel (et pas seulement de façade) de notre situation, si nos imaginaires sont dominés par le goût des plaisirs éphémères, l’égocentrisme, le narcissisme et le mépris de la nature qui sont moulés dans le béton armé de l’individualisme.

 

Et nous clôturons cette revue en ligne avec 2 autres paroles.

 

La première est un proverbe qui proviendrait du continent africain : « Il est dur d'être pauvre, il est encore plus dur d'être seul. »

 

La deuxième parole est simplement la transmission d’une histoire tenues d'ancêtres amérindiens :

 

Ainsi, aux commencements du monde, les humains auraient eu tous les pouvoirs de l’univers entre leurs mains. Mais il s’avère que fort de toute cette puissance, il en résultait les pires catastrophes. Aussi, un jour, excédés par cette situation, les dieux se réunirent pour prendre une décision afin de stopper cette folie dévastatrice. Après échanges, ils aboutirent à une décision : ôter aux mains des humains ces pouvoirs qui les dominent plus qu’ils ne les servent et les cacher quelque part où ils ne pourraient plus les retrouver. Mais une question surgit alors : où ? Ils se réunirent à nouveau et après de longs et mûrs débats, ils trouvèrent cet endroit. C’est ainsi qu’ils décidèrent d’enfouir toute cette énergie, toute cette connaissance, à l’intérieur des Hommes eux-mêmes.

 

Lespwisavann, 2020

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Revue Online - Accès libre et gratuit - ISSN 1634 - 0507 / 2001 - 2021 © Lespwisavann